__ Mary CASSATT ___Peintre impressionniste___1843-1926 __

__ Mary  CASSATT ___Peintre impressionniste___1843-1926 __

3- Le retour en Europe

Le retour en Europe

  

 

 

   

Son père, d'abord, lui fait savoir qu'il préférerait la voir morte ; puis il fléchit quand Katherine, son épouse, se déclare prête à chaperonner sa fille.

Mary, ainsi flanquée de sa mère qui restera avec elle pendant quelques mois, part pour une grande aventure artistique et européenne; et c'est à Paris qu'elle passe Noël 1865, 17 ans après son premier séjour en France. Elle y retrouve des amis de Philadelphie, d'anciens condisciples de l'Académie des Beaux Arts de Philadelphie, dont Eliza Haldeman qui la rejoint après quelque temps, Edward Roberts, Thomas Easkins, tous membres d'une communauté américaine alors assez importante à Paris dans le monde de l'art, quoique mouvante, faite de gens qui passent ou s'installent pour plus ou moins longtemps. Une jeune femme ne peut pas suivre l'enseignement des Beaux Arts, réservé aux garçons; mais Mary montre assez de talent et de force de conviction pour se faire accepter comme élève particulière par le célèbre Gérome; et c'est déjà pour elle un brevet de qualité artistique. Elle obtient aussi très vite la carte de copiste qui lui permet de poser son chevalet dans les galeries du Louvre.

Cassatt et  Haldeman sont ensuite élèves de Charles Chaplin, un des rares peintres qui tient une classe réservée à des jeunes femmes. En février 1867, elles passent toutes deux un mois à Courance, dans la forêt de Fontainebleau, où elles sont très étonnées par la façon de vivre des paysans. Elles peignent des villageois plus qu'elles ne sont prises par la folie passagère qui règne en ces lieux. De là, elles partent pour Ecouen, au nord de Paris, où, au pied du château Renaissance vit et travaille une autre communauté de peintres; parmi ceux-ci Pierre Edouard Frère et Paul Constant Soyer font profiter de leur expérience des artistes plus jeunes, dont quelques Américains. Elles y restent une année, très proches de Soyer et de son épouse, avec juste une petite expédition vers Saint Valéry sur Somme.

Leur application est récompensée par leur entrée au Salon, au printemps 1868. Mary expose une jeune paysanne jouant de la mandoline, une figure un peu mélancolique qui la montre sous l'influence de Corot, mais témoigne autant de la force de son tempérament que de ses capacités artistiques. Elle signe alors Mary Stevenson et a d'autant plus de raisons d'être heureuse qu'elle a la chance, contrairement à Eliza, de voir son tableau bien accroché sur la cimaise, à hauteur du regard. Les deux amies, inséparables, en profitent pour visiter plusieurs fois ce salon que Mary regarde d'un oeil critique et pour sortir avec des amis américains de passage à Paris qui les emmènent au restaurant, à l'opéra, au concert. Elles retournent aussi dessiner au Louvre, où elles trouvent l'atmosphère peu sérieuse, mais où il est possible à de telles jeunes femmes de donner des rendez-vous qu'il serait impensable de fixer à leur hôtel ou dans un café.

Mary, ensuite, part seule pour Villers le Bel, le village où vient de se retirer Couture. Celui qui fut le triomphateur de 1847 avec ses très académiques « Romains de la Décadence », puis le maître d'Edouard Manet, attire de jeunes Américains auxquels il enseigne à mélanger le moins possible les couleurs et à étudier la nature en plein air. Eliza rejoint Mary et toutes deux travaillent auprès de ce maître original ; mais la complice de ses premières années parisiennes choisit bientôt de retourner en Amérique. Mary, elle, pense qu'elle a encore beaucoup à apprendre en Europe et qu'il lui faut profiter de l'ouverture qui lui a été faite au Salon. Elle est malheureusement dépitée de voir son envoi de 1869 refusé; mais elle ne se décourage pas, revenant à Paris pour trois mois pendant lesquels elle se plie à nouveau aux rigueurs du travail de copiste, demandant aux grands maîtres du Louvre de lui livrer les secrets qui lui permettront de s'imposer.

Puis elle fait un voyage dans les Alpes, en compagnie d'une autre jeune femme de Philadelphie qui a des amis près de Saint Gervais. Elle s'y exerce à dessiner ce paysage de montagne qui est tout à fait nouveau pour elle.

De retour à Paris, elle passe Noël avec sa mère qui a traversé l'Atlantique pour la voir. Puis elle commence la nouvelle année en Italie, à Rome où elle se range derrière un autre maître, le Français Charles Bellay, un artiste sans grand renom, afin de préparer le salon de 1870. Elle n'a pas tort puisque le tableau qu'elle envoie, un paysage des Alpes, est accepté. Ainsi rassérénée, elle peut revenir aux Etats-Unis où son frère Alex (Alexander) a épousé Loïs Buchanam, la fille d'un pasteur qui est assez mal acceptée par la famille Cassatt. Il s'est installé à Altoona où son frère cadet Gardner l'a rejoint et où Mary et sa mère arrivent en août 1870. Auréolée de son prestige parisien, Mary prend sans tarder un atelier à Philadelphie où elle retrouve ses amis, dont certains artistes tels Thomas Eakins s 'avancent sur la voie du succès. Elle se lie avec le graveur John Sartin, un représentant très estimé de la génération précédente, dont la fille Emilie était avec elle à l'Académie des Beaux -Arts et dont le fils Wiliam, un proche de Eakins, qu'elle a dû rencontrer deux ans auparavant à Paris, est lui aussi artiste. Elle retrouve aussi Eliza ; mais celle-ci ne montre plus la même passion pour l'art et s'apprête à se ranger en épouse et mère, une perspective qui n'attire pas Mary.

Mary Cassatt est peintre, reconnue au Salon de Paris; et c'est ainsi qu'elle veut gagner sa vie. D'autant plus que son père est peu enclin à l'entretenir comme artiste et que, si elle ne parvient pas rapidement à garantir son indépendance en vendant des tableaux, elle devra faire comme Eliza : épouser quelque héritier de Pennsylvanie. Elle fait le portrait de modèles qu'elle habille de vêtements rapportés d'Europe; et, en quête de lieux où exposer, elle parvient à placer deux toiles à la galerie Goupil de New York. Mais Philadelphie ne lui paraît pas assez dynamique sur le plan artistique et c'est en Europe seulement, pense-t-elle, qu'elle pourra épanouir son talent et lui trouver l'écho qu'il mérite. Le problème, c'est l'argent, le prix du voyage et du séjour. Aussi part-elle avec quelques toiles et sa mère comme chaperon pour Pittsburgh où l'évêque catholique lui commande deux copies du peintre Courrège pour la cathédrale : trois cents dollars fort bien venus qui vont lui permettre de traverser l'Atlantique. Elle n'en continue pas moins ce voyage qu'elle a entrepris pour faire connaître son travail et chercher des clients; elle est à Chicago quand un incendie dévaste la ville et détruit les tableaux qu'elle a exposés dans une bijouterie.



01/06/2012
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